L’après NAB SHOW: le pic des troubles obsessionnels.

Chaque année, à partir du mois d’Avril, après le salon du NAB de Las Vegas, la période épidémique est à son comble. Le virus, avec ses symptômes classiques et récurrents, semble toucher bien grand nombre d’entre nous !

Une nouvelle fois, la dernière édition du salon américain n’a pas dérogé à la règle avec son lot de nouveautés: la présentation de caméras ou de périphériques toujours plus performants et le développement de nouvelles technologies comme la réalité virtuelle ou la vidéo 360°.

En effet, tous les ans les constructeurs sont poussés à innover technologiquement multipliant l’offre du marché et élargissant ainsi le choix pour le consommateur final.

Tant mieux, me direz-vous ! Le cinéma (ou la vidéo) a toujours été un art lié à la technologie, passant du muet au parlant, du Noir & Blanc à la couleur, de la 2D à la 3D… Se démocratisant ainsi au fil du temps, toutes ces innovations ont facilité l’expression de chacun, permettant aux œuvres de progresser.

Cependant depuis quelques temps, résultat ou non de l’abondance des sorties de ces nouvelles caméras, bon nombre de personnes professionnelles ou non, semblent atteintes de ce que l’on pourrait qualifier de « troubles obsessionnels des caractéristiques ».

Qu’elle est cette nouvelle maladie me diriez-vous ? Est-ce grave ? Cela se soigne-t-il ?

En 2012, un journaliste du New-York Times, David Pogue, a inventé ce termes pour la première fois afin de décrire dans un article le rapport et le comportement d’acheteurs de smartphones en quête permanente d’informations concernant les caractéristiques techniques de ce type de téléphone afin d’acquérir le meilleur à tout point de vue. Et si l’on y prête attention, cette « pathologie » peut totalement être transposée au monde des acheteurs de caméras ou de boîtiers numériques pour la photographie.

Ainsi, au lieu de poser la question « quelle est la résolution de cette caméra ? » de plus en plus d’utilisateurs potentiels se demandent « cette caméra, a-t-elle assez de résolution ? ». Ces deux remarques peuvent semblaient similaire et pourtant elles amènent des réponses différentes.

En clair, ce phénomène pousse le consommateur à la course effrénée aux caractéristiques, aux pixels, à la résolution, aux ISOs, à la plus haute cadence, en quête au final à la caméra dite « parfaite » !

Cette focalisation particulière est le fruit ou plutôt le résultat du discours marketing des fabricants qui mettent en exergue avant toute chose dans leurs discours les caractéristiques et spécificités techniques de leur produit, laissant très souvent croire que ce dernier est le meilleur et qu’il représente le seul choix idéal.

Tous leurs discours, annonces publicitaires, conférences, communiqués de presse ou campagne de buzz savamment orchestrée sur internet via certains blogs spécialisés poussent à penser que si nous achetions ou possédions cette caméra notre film n’en sera que meilleur (voire même le meilleur).

La question du rendu visuel, de l’émotion ou du ressentie que dégage l’image par rapport à un projet n’est alors pas d’actualité ou du moins n’est pas pris en considération à ce niveau!

Il est notable que de plus en plus de réalisateurs professionnels ou en herbe, placent énormément d’importance sur les aspects mesurables de la technologie d’une caméra, en d’autres termes ses caractéristiques. Dans ce cas, ils accordent moins d’importance à l’image résultante dépouillée de sa signification statistique ou chiffrée. Bien souvent donc, le débat n’est plus pellicule 35mm contre numérique, argentique contre numérique, mais tout simplement système numérique VS système numérique. Rien que sur internet nombreux sont les articles de blogs ou de magazines spécialisés mettant en parallèle lors de tests deux caméras, les comparant l’une à l’autre. Vous avez dû certainement en lire ou en parcourir ces dernières semaines ! (GH5 vs GH5s, GH5s vs Sony ALPHA, Canon C200 vs Panasonic EVA1 …)

Bien entendu ces tests ont leur nécessité et sont utiles, je ne dis pas le contraire mais cela dit simplement que nous sommes très loin de l’approche artistique et du rapport de l’image issue du produit pour tel ou tel projet, encore moins de la prise en compte des facteurs ou des spécificités propres et nécessaire à chacun de nos projets. La mise en exergue est plutôt basée sur la recherche ou l’analyse de la caméra parfaite !

D’ailleurs en réalité cette « caméra parfaite » existe-elle ? Peut-être mais si c’est le cas, il est très probable que celle-ci ne soit pas abordable à toutes les bourses.

Il est important, voire nécessaire, de rappeler un point majeur: le cinéma est un art.

D’où, lorsque vous vous posez la question « quelle est la taille du capteur ? », pensez surtout en quoi celui-ci pourrait influencer votre approche et le rendu de votre projet, au même titre que tous les autres facteurs que sont les lumières, les optiques, la position de la caméra…

Le choix d’une caméra ne doit pas seulement dépendre de ses propres spécifications techniques même si ces dernières sont impressionnantes sur de nombreux points.

Or le symptôme numéro un d’une personne « souffrant » de “troubles obsessionnels des caractéristiques“, veut que celui-ci s’intéressent uniquement à la technologie et les spécifications du produit sans se soucier à priori des conséquences de ce choix, pensant  bien souvent que celle-ci apportera d’elle-même par ses caractéristiques intrinsèques l’approche artistique et créatrice liée au projet.

Pourtant les excellentes spécificités techniques d’une caméra, ou d’un boîtier quel qu’il soit, ne sont pas forcément synonymes d’un film réussi. L’émotion qui pourrait s’en dégager est liée à l’histoire et non pas aux qualités techniques de votre matériel. Est-ce qu’une comédie romantique est « meilleure » si cette dernière est tournée en 4K, 5K, 6K ou 8k intrinsèquement parlant ?…

Il est conseillé de faire son choix en fonction de son budget, de ses compétences et de l’histoire à raconter. Il est préférable de bien pondérer le rapport esthétisme et rendu des images par rapport au coût final de la caméra ou du boîtier, autrement dit, de peser le bon rapport qualité/prix en fonction de ses souhaits cinématographiques.

Heureusement les troubles obsessionnels ne sont pas fatals à proprement parler pour la personne, mais ils peuvent l’être pour un projet vidéo. Ce n’est pas seulement l’appareil qui compte pour raconter une histoire et s’assurer d’obtenir au plus proche le film souhaité, mais bel et bien l’œil du réalisateur, son approche ainsi que sa préparation !

Alors pour votre prochain projet, quelle caméra allez-vous choisir ?

 

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